Le sens de l'humeur

23 janvier 2016

On enterre bien les Dinky Toys – Bruno Léandri

Publié par mitchul dans Non classé

On enterre bien les Dinky Toys. Le titre parfait. Mystérieux et absurde. Métaphysique du dérisoire…

On ne présente plus Bruno Léandri, môssieur roman-photo de Fluide Glacial (formé à l’écurie Hara-Kiri), maître ès-chroniques du dérisoire, prolifique nouvelliste et romancier, dessinateur raté de génie…

Sous ce titre énigmatique, Léandri nous conte ses souvenirs de jeunesse. Mais plutôt que de livrer un récit introspectif, il nous confie ses nombreuses péripéties vécues avec ses meilleurs amis, actes fondateurs qui forgent les traits d’une personnalité et déterminent un parcours. Cependant, point de nostalgie d’un passé révolu, mais un manifeste sur les bons moments partagés qui enrichissent et donnent tout son sens à une vie.

Car l’amour, l’affection, la loyauté, la fidélité ne sont pas de vains mots chez Léandri. Récit sur l’amitié, c’est en faisant la connaissance de ses amis qu’on en apprend sur lui, sa personnalité, sa sensibilité. Gilbert, Alain, Christophe, Denis, Julien. Et Bruno… Leurs premières vacances sur la route en mobylettes, leurs premiers émois, leurs passions pour la musique concrète et Céline, leur séjour au States, son expérience de Mai 68 au lycée, son boulot au club med’ (où il rencontrera son pote Corbier)…  « Vus de loin, des jeunes déconneurs, bruyants et agités, comme tous les jeunes. Vus de près, tous des cas. Des types uniques, flamboyants, géniaux à hurler, drôles à pleurer, chiants à se manger les doigts. C’étaient mes copains, ce le sont toujours ». (extrait de la 4 de couv’)

Attention, On enterre bien les Dinky Toys n’est pas une bête biographie enchaînant les faits de manière chronologique. Ce récit est en fait une succession d’anecdotes qui se déroulent au fil de sa mémoire affective, tel souvenir semblant lui rappeler tel autre… Il jongle avec les époques, les situations, les amis, sans perdre le lecteur en route. Car ce qu’il nous raconte est drôle, parfois émouvant, quelque fois dramatique, et toujours passionnant. Son style direct, à la première personne, nous permet d’entrer pleinement avec lui dans son passé, de faire littéralement parti de cette bande. Ce qui fait de ce récit un témoignage « vu de l’intérieur » unique sur les années 60 et 70.

Bruno nous dévoile des choses intimes, mais pas cette intimité personnelle (du genre trauma d’enfance ou amour impossible…) qui peut mettre mal à l’aise et personnellement, me gonfler. Plutôt une intimité de groupe, partagée, privilège de quelques initiés, qui nous fait réagir à chaque confidence, du genre : « mais ça aussi je l’ai ressenti, ça aussi je l’ai vécu » ! Cela fait du bien par les temps qui courent et confirme ma manière de voir et vivre l’amitié. Car l’amitié ne s’achète, ni ne se décrète. Elle se construit dans la durée, se forge par le partage de moments essentiels. Et ça, ça n’a pas de prix !

Alors, qui enterre les Dinky Toys ? Quand, comment et pourquoi ? Je vous invite fortement à lire ce récit jusqu’au bout (vous ne pourrez pas faire autrement de toute façon). Vous aurez la réponse…

Merci Bruno.

Mitchul

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7 décembre 2013

Soluto

Publié par mitchul dans Il était une fois...

Une belle rencontre…

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6 décembre 2013

Il était une fois… Jean Giraud/Moebius

Publié par mitchul dans Il était une fois...

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La Déviation, 1973

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, Jean Giraud (né le 8 mai 1938) a toujours dessiné, dévorant des illustrés avant même de savoir lire. Il était donc voué à devenir dessinateur de bande dessinée. Après deux années aux Arts Appliqués, il réalisera ses premières planches professionnelles en 1954 pour le journal Cœur Vaillant. C’est là qu’il rencontrera Jean-Claude Mézières. Avec ce dernier et Pat Mallet, ils vont à la rencontre de Joseph Gillain (Jijé) qui rapidement, prendra sous son aile le jeune Giraud et le fera œuvrer en tant qu’encreur sur l’album la route du Colorado de Jerry Spring. Ce sera le début d’une authentique collaboration artistique et d’une passion sans bornes pour le genre western, à laquelle Giraud restera fidèle jusqu’à la fin de sa vie.

La parenthèse Mexicaine

Comme il l’explique à Numa Sadoul, son premier séjour de 8 mois au Mexique (vers 1955, pour y rejoindre sa mère et son nouveau beau-père) aura été pour lui un dépucelage total, physique et mental. Il y découvre en même temps la marijuana, le Jazz Bop, l’amour et le sexe. C’est pourquoi il conservera durant toute sa carrière cette recherche de l’extase artistique, vécue pour la première fois grâce à l’herbe. Ce qui nous éclaire sur cette liaison intime entre dessiner et planer. Sur cette perpétuelle invitation à vivre une expérience sensorielle différente, unique.
De  ce voyage, il gardera une obsession : le désert. Cette ligne d’horizon infinie qui invite à imaginer l’ailleurs. Un symbole que l’on retrouve autant dans les pages du lieutenant Blueberry (les grandes étendues désertiques de l’Ouest américain) que dans les planches illuminées d’Arzach ou du Garage Hermétique. Sans oublier le fameux Désert B…

Des débuts remarqués

Après cette période formative auprès de Jijé, Jean entame sa véritable carrière qui, dès le début, est placée sous le signe de l’ambiguïté. Car Moebius apparait quasiment en même temps que Giraud. A partir de 1963, choisi par Jean-Michel Charlier, il dessine dans Pilote (sous le nom de Gir) Fort Navajo, premier épisode de ce qui allait devenir la saga du lieutenant Blueberry. Dans le même temps, il signe dans Hara-Kiri, sous le pseudonyme de Moebius, des histoires d’humour noir et surréaliste.
Le Moebius des années 60/début 70 n’œuvre pas encore dans la science fiction et l’ésotérisme. A cette époque, ses planches sont plutôt humoristiques et absurdes (flirtant tout de même avec le fantastique), très influencées par les auteurs d’Hara-kiri (Roland Topor, Fred…) et l’école Mad (en particulier Wallace Wood). C’est à partir de 1973 et son Bandard fou (ouvrage porno mais graphique !), suivi de La Déviation (considéré comme la première grande œuvre de Moebius, bien qu’elle soit signée Gir) et surtoutArzach, que Moebius entre de plain-pied dans les visions magiques et hallucinées de la Science Fiction. Première contribution au mythique Métal Hurlant – qu’il fonde en 1975, avec ses amis Druillet, Dionnet et Farkas – Arzach lui assurera une reconnaissance internationale.

La complexe dualité

Durant les années 70 et 80, Jean signera pléthore de projets sous de multiples pseudonymes. Car le Janus de la bande dessinée possédait de nombreux avatars (Giraud, Moebius, Gir, Gyr, Jean Gir, Moeb…) qu’il semble avoir abandonné avec le temps au profit de la « saine » et prolifique dualité Giraud-Moebius.
Giraud œuvre sur terre et dans l’Histoire, alors que Moebius se situe plutôt dans le futur et l’ailleurs. Cet antinomisme s’est apaisé au fil des ans, la frontière entre ces deux pôles devenant plus poreuse (on ressent du Moebius dans Blueberry). D’où une complémentarité plutôt qu’une dualité. Jean a trouvé son équilibre, revenant régulièrement de ses errances « moebiusiennes » vers la balise Blueberry.

Arzach, Harzak, Arzak, Harzakc, Arrzak…

S’il est une œuvre emblématique de l’art de Moebius, c’est bien Arzach. Tant au niveau du graphisme que des thématiques abordées. On retrouve dans cette succession de cinq nouvelles une opposition entre des éléments du passé (le dinosaure ailé) et du futur (technologie avancée). Opposition également entre l’éros et le thanatos. Des thématiques qui jalonnent l’œuvre de Moebius.
On ne peut qu’être attiré par l’ambiance générale de ces planches, dont l’absence de phylactères permet d’apprécier la beauté. Ouvrage muet qui repose sur la puissance d’évocation des images. Et de l’aveu même de Moebius, le scénario est anecdotique, prétexte à la mise en scène d’hallucinants tableaux. Cet album nous donne un parfait aperçu de l’impressionnante diversité graphique dont Moebius est capable. Dessinateur caméléon, il aborde chaque histoire avec un style (du plus pointilliste au plus épuré), une mise en page et une palette différents. Ses couleurs sont remarquables. J’ai surtout une préférence pour la première histoire dans laquelle ses gammes de bleus-nuits contrastent admirablement avec ses ocres-rouges…
Un chevalier des temps passés (ou futurs ?), chevauchant sa fidèle monture, tentant de survivre dans un environnement hostile, désertique, avançant aux rythmes des rencontres et des dangers. Ce synopsis pourrait convenir au Lieutenant Blueberry. Aussi, il n’est pas interdit de voir Arzach comme un Blueberry en négatif, le lieutenant de l’autre côté du miroir.
Mais peut-être qu’Arzach n’est autre que Moebius lui-même, comme en attestent cette variété de styles et ce patronyme changeant.

Giraud, en quête de repères

Giraud, c’est la rigueur de la bande dessinée traditionnelle. Un scénario détaillé riche en rebondissements, un découpage de l’action très cinématographique, un graphisme réaliste et minutieux, des décors et des couleurs naturalistes.
N’ayant jamais connu son géniteur, Jean a toujours cherché à s’entourer de collaborateurs qui joueraient (consciemment ou non) ce rôle de père symbolique. Jijé le premier, mais aussi Charlier, Goscinny (contre lequel il se rebellera en 1968) et Jodorowsky (avec lequel ils créeront le mythique Incal). Cette quête l’amènera en 1984 dans les bras du gourou Appel-Guéry, période durant laquelle il s’égare dans un mysticisme douteux.

Moebius, la quête de l’extase

Moebius, c’est ce besoin de liberté, d’expérimentation. C’est l’aventure hors du monde connu, du système établi. C’est dessiner « avec le même esprit de transgression basique qu’un musicien de Jazz » (dixit Moebius). S’appuyant sur une volonté farouche de sortir du cadre rigide de la réalisation de Blueberry. D’où ce graphisme plus leste, épuré, aéré. Et s’il est l’un des maîtres du 9ème art (avec Hergé) à avoir influencé autant de générations d’auteurs (et ce sur tous les continents), Moebius s’est rapidement émancipé de toutes références connues. Il part de ce « graphisme étalon » créant la matière par ces hachures et pointillés si caractéristiques pour aboutir à une ligne claire au trait fin.
Le nom de Moebius lui vient du mathématicien topologue allemand du XIXème siècle, August Ferdinand Möbius, qui découvrit le ruban du même nom, une surface à un seul coté. « Avec le ruban de Möbius, j’avais trouvé la métaphore par excellence. Celle de l’infini, que symbolise aussi ce huit tordu qu’il forme quand il est dessiné. Quand il en a fini avec Giraud, Moebius travaille sur l’infini. » Les possibilités infinies de l’Imaginaire sont le leitmotiv de Moebius. Sa quête absolue. « Le thème des « faux univers » est vraiment mon grand sujet. (…) Je rêve d’une encyclopédie en douze volumes sur une planète imaginaire ». L’œuvre du démiurge Moebius doit être vue comme la cartographie d’un autre univers, dont lui seul connaissait l’existence.

Mœbius Productions / Stardom

Lorsqu’il revient en 1988 de son pèlerinage mystique, il reprend ses séries phares :Blueberry au scénario (Charlier décède en 1989) et au dessin (Mister Blueberry, Dust, Ok Corral, Geronimo, etc…), la suite du Monde d’Edena, La Folle du sacré cœur avec son complice Jodorowsky et plusieurs projets de films : Starwatcher, Arzak Rhapsody

En 1997 il fonde sa propre maison d’édition avec sa femme Isabelle, Mœbius Productions / Stardom, où ils publient des livres dont la série Inside Mœbius40 days dans le Désert BLe chasseur déprime, ainsi que le dernier album d’Arzak, L’Arpenteuret des éditions limitées précieuses. Ils éditent également des sérigraphies, digigraphies et organisent des expositions dédiées à son œuvre depuis une dizaine d’années en France ainsi qu’en Europe (Allemagne, Belgique, Italie…) et en Asie (Corée, Japon). Une grande exposition lui est consacrée à la Fondation Cartier à Paris, intitulée MOEBIUS-TRANSE-FORME d’octobre 2010 à mars 2011.

Artiste polymorphe

Au-delà de sa double casquette de dessinateur et scénariste de bande dessinée, Jean aura mené plusieurs carrières artistiques parallèles. Homme d’images, il ne pouvait résister aux sirènes du 7ème Art. Du projet avorté Dune à l’adaptation de son Blueberrypar Jan Kounen, il n’aura cessé de participer à la direction artistique de nombreux films (Alien, Tron, Willow). Sans oublier sa collaboration avec René Laloux pour Les Maîtres du Temps. Son autre domaine de prédilection, c’est l’illustration (couvertures de livres, pochettes de disques, affiches…). Il était passé maître dans l’art de présenter un univers et raconter une histoire en un seul dessin. Généreux et disponible, bon nombre d’affiches de festivals et couvertures de fanzines ont porté ses dessins.

Jean nous a quittés le 10 mars 2012. C’est évident qu’il nous manque, mais il nous laisse une œuvre immense, dont on est loin d’avoir fait le tour. C’est sûr que dans cent ans, on en parlera encore…

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27 mars 2013

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? – Pierre Bayard

Publié par mitchul dans Matière à réfléchir

Par cet essai au titre provocateur, Pierre Bayard s’attaque à un énorme tabou culturel. Les tenants de la bonne conduite culturelle considèrent que l’on DOIT avoir lu un livre pour en parler et ne pas le faire, est une trahison impardonnable faite à l’Œuvre et à l’Auteur. Oser affirmer alors que l’on peut parler d’un livre que l’on n’a pas lu est comparable à un blasphème ou pire encore, un aveu d’incompétence…

C’est surtout un acte salutaire de désacralisation de l’œuvre écrite, une preuve courageuse d’honnêteté intellectuelle.

Nous connaissons tous des journalistes qui n’ont pas lu le livre de l’auteur qu’ils interviewent. C’est une pratique courante (mais inavouable) qui remonte à l’origine même du métier de critique littéraire. Oscar Wilde lui-même disait : « Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique ; on se laisse tellement influencer ».

Bayard nous dit qu’il n’est pas impératif d’avoir lu un livre en entier pour bien en parler. Car tout lire ne garantit pas de tout comprendre. A l’inverse, certaine lecture partielle permettent de mieux cerner l’ouvrage dans son ensemble. Il prend l’exemple du bibliothécaire (ou du libraire) qui ne peut avoir lu tous les ouvrages dont il dispose, mais peut tout de même les présenter à ses clients.

L’auteur évoque également sa propre expérience de professeur de littérature à l’université, quand il lui arrivait de commenter un livre qu’il n’avait jamais ouvert à des étudiant qui, heureusement pour lui, ne l’avaient pas lu non plus. Là aussi il fait preuve d’une grande honnêteté en avouant une pratique pourtant répandue dans le monde de l’enseignement. Etait-il pour autant un mauvais professeur, rien n’est moins sur…

Il n’y a pas de limite claire et nette entre avoir lu un livre et ne pas l’avoir lu. La non-lecture est un état d’entre-deux, dans lequel on distingue plusieurs niveaux. Bayard dresse ainsi la liste de ces différents états, entre les livres que l’on ne connaît pas, les livres que l’on a parcourus, les livres dont on a entendu parler et les livres que l’on a oublié. Ne pas avoir lu un livre n’interdit pas d’en parler, de pouvoir décrire son genre (roman, essai, recueil de nouvelles…) ou de le situer dans son époque, son courant littéraire. De parler de l’auteur, si l’on connait son œuvre…

Pour illustrer ses propos, Bayard s’appuie sur un certains nombres d’ouvrages, (auxquels il précise son niveau de lecture entre inconnu, parcouru, évoqué et oublié) et convoque Paul Valery, Umberto Eco ou Montaigne… Cet essai se divise en trois parties. La première nous présente des manières de ne pas lire, soit les quatre citées plus haut. Dans la deuxième partie, Bayard nous propose des situations de discours : dans la vie mondaine, face à un professeur, devant l’écrivain ou avec l’être aimé. Dans la troisième, il nous donne des conseils à propos des conduites à tenir, soit : ne pas avoir honte, imposer ses idées, inventer les livres et parler de soi…

Au-delà de la provocation, Bayard nous explique que lire, c’est surtout se confronter à l’oubli. C’est accepter l’idée que l’on ne se rappellera pas de tout et donc, par conséquence, que l’on ne pourra jamais décrire de manière juste et précise le livre que l’on vient de lire. On ne comprendra jamais le vrai sens de l’ouvrage ou les réelles intentions de l’auteur, mais seulement l’idée que l’on s’en fait.

Mitchul

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? – Pierre Bayard  dans Matière à réfléchir livrepaslu-188x300

Les Editions de minuit, 2007

27 mars 2013

Retour sur Angoulême

Publié par mitchul dans Sens of humeur

Bon, je ne partage pas les impressions quasi unanimes (que l’on peut lire sur certains sites, blogs et forums spécialisées) de ce qui serait le scandale de l’élection de Willem comme nouveau président d’Angoulême.

Il n’est pas inutile de préciser que Willem est un auteur de bande dessinée avant d’être ce dessinateur de presse reconnu. Il suffit de regarder sa bibliographie pour se rendre compte qu’il fait parti du paysage depuis fort longtemps (éditant chez Le Square, Albin Michel, Cornelius, L’Association ou Les requins Marteaux…).

Il fut également le rédacteur en chef du Charlie Mensuel durant quelques années, qui aura permis de faire découvrir de grands classiques américains (Krazy Kat, Lil’Abner…) ainsi que des auteurs d’avant-garde (Crepax, Pichard…). Sans oublier son rôle essentiel dans la découverte de « l’internationnale underground ». Patrimoine et avant-garde, ce sont les deux pôles entre lesquels se situe Willem.

Alors, effectivement, on peut être déçu de ne pas voir Alan Moore, Chris Ware ou Akira Toriyama élus (ce dernier a quand même obtenu le prix spécial 40ème anniversaire) et critiquer la nouvelle manière de faire des organisateurs (comme chaque année d’ailleurs, voire l’élection de JC Denis l’année dernière!), mais on ne peut pas dire que Willem ne mérite pas la place qu’on vient de lui attribuer, tant il est un acteur incontournable de la neuvième chose.

Je n’aime pas cette foire aux bestiaux qu’est devenu le festival d’Angoulême, permettant aux éleveurs-éditeurs de faire la promotion de leurs cheptels-auteurs et leurs produits maisons. Vouloir réunir des artistes aux horizons et pratiques si diverses (voir opposés, comme on a pu le constater entre les « mainstreams » et les « indés ») créera toujours de l’incompréhension quant au choix du nouveau grand prix (et rend d’ailleurs cette pratique totalement vaine et stupide). Il n’y a pas une, mais DES bandes dessinées. Et vouloir à tout prix réduire le neuvième art à son plus petit dénominateur commun n’a selon moi aucun sens.

C’est comme si on réduisait le septième art au festival de Cannes. Alors qu’il existe de nombreux festivals qui sectorise le Cinéma par genres, par formats, par origines (festival du cinéma indépendant, du court métrage, d’animation, fantastique, nordique, asiatique, etc…). On regroupe à chaque fois TOUTE la bande dessinée en un seul événement. Logique dans ce cas que de nombreux genres et artistes passent à la trappe ! 

Coté palmarès, pas grand chose à dire (Je suis tout de même satisfait de voir Benoit Peeters ou Anthony Pastor remporter un prix. Sans oublier le superbe travail des Rêveurs sur le Krazy Kat d’Herriman). Juste une interrogation : comment peut on prétendre déterminer les dix meilleures bandes dessinées de l’année 2012, qui compte environ 5500 albums édités (seulement en France !), dont plus de 4000 strictes nouveautés (voir le bilan 2012 de l’ACBD) !?

Mitchul

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Dessin réalisé par Clarke

13 mars 2013

Glace sans tain – Soluto

Publié par mitchul dans Matière à réfléchir

Homme d’images, Soluto vient de sortir (après ses superbes Vies à la ligne) un deuxième livre, Glaces sans tain, pour lequel il a abandonné ses crayons pour n’utiliser que des mots. Mais rassurez vous, on y perd pas au change, tant la prose de Soluto possède des qualités indéniables. Sensible et d’une incroyable précision, son écriture nous emmène sans retenue dans les méandres de la folie ordinaire.

Les trois premières nouvelles nous racontent des tranches de vie de personnes plutôt perturbées. Soluto dissèque la part obscure de ses personnages, sans pour autant tomber dans l’étude de cas clinique. Trois destinées qui ne répondent à aucune logique – si ce n’est la leur – et corroborent cette idée que rien n’est joué à l’avance, que les événements antérieurs n’influent pas automatiquement sur les actes à venir. La prédestiné n’existe pas. Chacun peut encore agir en fonction de son libre arbitre, mais plus sûrement en fonction de ses pulsions.

Dans L’île aux bœufs, le narrateur est une personne lambda au parcours de vie tout à fait ordinaire, qui dans sa jeunesse commettra un crime. Qui ne l’empêchera pas d’avoir une vie normale, sans jamais reproduire son acte ignoble. Il ne justifie rien et ne semble avoir aucun remords : « J’étais bien là, en pleine conscience, et je ne l’ai pas tué malgré moi. J’étais au contraire en parfait accord avec l’instant et l’univers tout entier. Un sentiment d’inébranlable puissance me portait. »

Dans Fausses reconnaissances, le personnage principal est un schizophrène, paranoïaque et violent, persuadé d’avoir reconnu Elvis Presley dans un bar parisien. Et que ce dernier fomente un complot avec l’aide du gouvernement.

Quelques couvercles soulevés, titre magnifique pour une nouvelle que j’ai particulièrement apprécié, tout autant que la première. Je les considère comme des contraires, se faisant face de chaque coté d’une glace sans tain. L’un passe à l’acte alors qu’il n’a a priori aucune raison de le faire. Quand le deuxième a toutes les raisons, mais ne le fait pas. Le plus troublant est que le moins perturbé des deux est celui qui a franchi le pas.

La quatrième nouvelle se distingue des autres pour plusieurs raisons. D’abord, Soluto se met directement en scène. L’emploi de la première personne est pour le coup on ne peut plus justifiée. A la différence des trois premières, cette nouvelle est placée sous le signe d’Eros. Cependant, nous savons depuis Freud qu’Eros et Thanatos sont intiment liés. En effet, si Soluto fait du bien à l’autre, il la détruit par son indifférence.

Soluto a décidé de nous mettre littéralement dans la peau des personnages. Une immersion complète dans la personnalité complexe de ces individus. Ecrire à la première personne est un choix audacieux et risqué, dans la mesure où il est plus difficile d’installer une distance avec ces personnages peu recommandables, ce qui peut rebuter bon nombre de lecteurs. Cependant, à aucun moment Soluto ne juge, ni ne justifie les actes de ses protagonistes, ni même les siens. Il reste sur un mode descriptif, nous permettant de capter ce qui se joue chez ces personnages

La virtuosité de Soluto nous emporte, impossible d’abandonner le fil du récit. Certains évoquent Flaubert. Pour ma part, Soluto s’inscrit plutôt dans une filiation avec Maupassant. Outre le format nouvelle, par cette faculté à inscrire ses histoires dans une localité géographique précise (Oissel, le Havre, Rouen…) tout en leur apportant une teneur universelle. Par cette impression très diffuse qu’un événement incongru (voire fantastique) n’apparaisse à chaque nouvelle page.

Au croisement entre biographie, fiction, autobiographie et autofiction, ce Glaces sans tain est un exercice littéraire original et réussi. Cette manière de faire corrobore cette idée que l’écriture puise dans de nombreux champs (de la réalité, de l’imaginaire, du fantasme) et que la véracité des tenants et aboutissants n’est qu’anecdotique. On se moque de savoir si ces histoires sont vraies ou pas. Ce qui est sure, c’est qu’elles nous parlent, nous provoquent, nous bousculent, nous questionnent sur la nature humaine… Rassurant, ça veut dire qu’on est encore vivant !

Mitchul

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 Le Dilettante, 2013

23 janvier 2013

Mercaptan l’attention !

Publié par mitchul dans Coup de boule

Habitant cette charmante capitale normande, j’ai eu la malchance, ainsi que tous mes semblables, de subir en ce lundi 21 janvier, les rejets nauséabonds et trop abondants de l’usine Lubrizol. Une odeur pestilentielle insupportable (un mélange de poireau cuit, d’oeuf pourri et souffre) que l’on a dû supporter durant plus de 24 heures, et qui s’est répandue jusqu’à Paris ! 

Au delà des dommages écologiques et sanitaires que cela engendre (et qu’il est, à l’heure actuelle, impossible d’évaluer, mais qui peut avoir des conséquences à termes, surtout pour la couche d’ozone), c’est surtout cette posture dédaigneuse des responsables et porte-paroles de cette société toxique qui est insupportable, nous affirmant -avec un beau sourire pour nous faire avaler l’amère pilule- que ce gaz est certes désagréable, mais non toxique. Que les quelques effets secondaires seraient nausées et mots de tête… Chouette !

Ce qui m’offusque, c’est qu’une entreprise privée (appartenant à une firme américaine), dégageant des intérêts privés, aucunement d’utilité publique, puisse intoxiquer la population d’une agglomération (et bien au-delà) en toute impunité. Et de s’en excuser à peine, lors d’une brève interview à la chaîne de télé locale. De plus, ils sont les seuls à communiquer (bonjour l’objectivité de l’information !) sur les effets soi-disant peu néfastes de cette fuite de mercaptan (un tracteur qui, ajouté au gaz de ville, permet d’en détecter les fuites) que l’on utiliserait également pour la fabrication de boules puantes… La blague !

Je souhaite (et exige en tant que citoyen en colère !) que des sanctions lourdes soient prises (au moins une forte amende), pour donner l’exemple. Car la rive gauche de Rouen est une zone industrielle qui pollue beaucoup trop. Les risques pour la santé sont réels et quantifiables (voir le nombres d’appels aux urgences en ce lundi 21). J’espère que sera menée une étude sérieuse pour déterminer les conséquences d’une telle nuisance sur la population. Que l’on puisse établir une traçabilité sur le long terme afin de pouvoir remonter à cette source d’intoxication en cas de maladies graves déclarées sur le tard. Même si je ne suis pas dupe et que cet événement sera, hélas, trop vite oublié, comme beaucoup d’autres…

Mitchul

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20 janvier 2013

Plates-bandes – Jean-Christophe Menu

Publié par mitchul dans Matière à réfléchir

Bon, Plates-bandes est sorti il y a 8 ans maintenant et qu’en reste-t-il ? Le pamphlet d’un auteur-éditeur de bandes dessinées (que l’on classera comme « indépendant ») qui exprime clairement son raz le bol contre une certaine (mauvaise) manière (dominante) de faire de la Bande Dessiné ? [Rectification faite : Menu précise dans L’Eprouvette n°1 que ce Plates-bandes n’est ni un pamphlet, ni un essai, mais un texte d’opinion « assurément « juge et partie », dont l’enjeu était de contribuer à définir les vieux tenants et les nouveaux aboutissants d’un contexte précis : le champ éditorial de la Bande Dessinée en France en janvier 2005″.]

Les illustrations qui jalonnent ce livre (toutes droit-tirées d’un cabinet de dentiste) donnent le ton : ça va faire mal ! Menu est un gars qui vient du fanzine et de l’auto-production. Un dessinateur qui a toujours été attiré par la conception de l’objet BD. Branché dans le milieu de la musique « rock alternatif », en particulier au sein des Satellites, il s’est inspiré des maisons d’éditions « alternatives » qui se sont créées dans les années 80 (Bondage, Boucherie productions…). Une manière de créer et produire des oeuvres comme ils l’entendent, sans aucunes concessions envers le milieu commercial de la musique. Diffuser une oeuvre et non un produit. Voilà leur philosophie.

Menu et ses amis ont donc crée L’Association dans cette optique. Dans la mesure aussi où à l’époque (fin des années 80 où la presse BD disparaissait), toutes les maisons d’éditions refusaient leurs projets. Cette nécessité de créer un label devient indissociable d’une certaine revendication. Produire « contre » peut être un bon leitmotiv, il ne faudrait pas que cela devienne le seul moteur de création. C’est ce que certains reprochent à Menu (ceux qui se font allumer dans ce Plates-bandes). C’est un piège dans lequel il a failli tomber (source de désaccord avec ses anciens camarades ?). Cet ouvrage en est peut-être la profession de foi, il en est également une forme de testament. Depuis 2006, à partir de la création de la revue L’Eprouvette – qui dans cet optique ne pouvait que se saborder au bout de trois numéro (et quels numéros !) – il me semble que Menu à retrouvé un nouveau souffle, une dynamique nouvelle. Il a craché son venin à la face de la profession et à su passer à autre chose (tout en restant révolté). Il s’est par exemple remis à dessiner (les Lock-groove ou les Mont-vérité Chrono-poche). Le retour de Lapin nous le confirme également. Outre le fait d’être toujours un terrain privilégié d’expérimentations et de revendications, Menu croit encore à l’utilité de L’Association comme tremplin pour de nouveaux auteurs, et non plus seulement comme un acte de résistance contre le microcosme de la bd (qui deviendrait rapidement stérile). Relire Plates-bandes maintenant nous permet de constater que JC Menu avance et croit toujours en ce qu’il fait. Toujours très bien d’ailleurs…

Je suis un lecteur-amateur de bande dessinée depuis le milieu des années 80. Si j’ai connu les magazines Spirou, Tintin et surtout Pif, la BD a toujours été pour moi l’Album, le fameux 48 pages couverture cartonnée (voir le 62 CC pour les Tintin). Je ne partage donc pas cette aversion envers ce format. Je comprend cependant (et remercie) Menu qui prône la diversité et le non formatage des albums de Bande Dessinée. Considérer et confectionner cet objet comme un bel ouvrage, plus proche des beaux livres d’Art ou de Littérature illustrée, me fait fortement apprécier les productions de L’Association (le fait de s’inscrire dans la filiation des avant-gardes littéraires et artistiques peut paraitre prétentieux, je trouve cependant cette approche pertinente et justifiée).

Menu aura tout de même sorti un album 48CC, dans la série des Donjons. Cette participation nous démontre qu’il n’est pas bêtement bloqué contre ce format et ce genre de série (il n’a d’ailleurs jamais critiqué les lecteurs de ce type d’ouvrage). Il s’exprime très clairement à ce sujet : « Comme pour Donjon chez Delcourt, il y a une complémentarité qui est probablement la meilleure façon de voir coexister un espace d’innovation comme L’Association, avec un relais standard dans la grande distribution pour ceux que ça interresse. [...] L’intérêt de Donjon, par exemple, est d’exister dans la grande distribution, puisque Donjon joue aussi à pervertir sa propre forme. Son ambiguïté par rapport à l’heroïc-fantasy et au standard n’ont de sens que sur ce terrain là. Donjon n’aurait eu aucune incidence publié à L’Association, et n’aurait même pas pu être imaginé pour L’Association ».

J’adhère pleinement à son analyse du milieu éditorial : s’il est des maisons d’éditions qui ont toujours assumer de faire du commercial (Dargaud, Dupuis…), il est plutôt agaçant de voir bons nombres d’entre elles éditer des oeuvres « à la manière de » ce que nous propose l’Asso (format livre, genre autobiographique, noir et blanc…). Ces mêmes maisons qui avaient refusés leurs projets à la fin des années 80. Il est bien dommage pour la diversité de la Bande Dessinée que ceux qui ont les moyens de prendre des risques en éditant des ouvrages « autres », des auteurs exigeants, attendent que des petits labels ouvrent des niches pour s’y engouffrer.

Mais ne faisons pas de bête manichéisme, il n’est pas question de critiquer les qualités intrinsèques d’un album « indé » par rapport à un « commercial » (bon ou mauvais, chacun est juge), mais bien de dénoncer les méthodes de production et de récupération de certaines maisons d’éditions. Menu n’hésite pas à donner des noms. Les Casterman (avec sa collection Ecritures), Delcourt (avec Encrages ou Outsider), Les Humanoïdes Associés (avec Tohu Bohu) et autre Glénat qui, s’ils ont fortement contribuer à la diversité et l’originalité de la production BD, se sont rapidement engouffrés dans le créneau du roman graphique et de la bande dessinée d’auteur. Sans parler de Soleil qui rachète le nom et le catalogue Futuropolis, voulant s’inscrire dans une filiation contre-nature (Mourad Boudjellal n’est pas Etienne Robial). « Quand un « gros » éditeur fait son métier de « gros », en outrepassant pas son territoire de « gros » ,je n’y vois pas de problème majeur » (JC Menu). Ce n’est pas plus compliqué que cela. Que chacun fasse ce qu’il sait faire, sans venir marcher sur les plates-bandes du voisin. Mais la réalité est tout autre…

Menu est totalement légitime pour critiquer le milieu de l’édition BD. Sa manière n’est peut-être pas très orthodoxe (il ose dénoncer !). Je ne vais pas lui reprocher de ne pas utiliser la langue de bois. Au contraire ! Face à la production actuelle, monstrueuse, j’ai quand même l’impression qu’il y a beaucoup de tacherons, de dessinateur de secondes zones (il faut le dire, sous leurs airs « indé », la plupart sont édités par ces gros labels), qui font ce qu’une poignée d’auteurs faisaient déjà il y a une quinzaine d’année. Combien trouvent-on de sous-Blain, sous-Sfar, sous-Trondheim, sous-Blutch, sous-De Crecy, sous-Rabaté..?  J’estime la proportion à un auteur pour dix copieurs, au moins. Je préfère des dessinateurs qui ont moins de technique, mais plus de personnalité, d’originalité (comme on en trouve beaucoup dans le Psikopat ou Lapin !).

Mitchul

 

Plates-bandes - Jean-Christophe Menu dans Matière à réfléchir platesbandes030320061-213x300

 L’Association, 2005

20 janvier 2013

Dada et les temps modernes

Publié par mitchul dans Matière à réfléchir

Je vous incite à lire ce superbe texte écrit par Greg, à propos de l’affaire Pinoncelli contre la fontaîne de M. Duchamps.

Je suis entièrement d’accord avec ses commentaires, j’y rajoute mes impressions…

« Le mercredi 25 janvier de cette année [2005], nous apprenons par voie de presse que Pinoncelli, artiste dadaïste à la longue carrière, a été condamné par la 28ème chambre du tribunal de grande instance de Paris à trois mois de prison avec sursis et 200 000 euros d’amende pour la «dépréciation » de l’urinoir de Marcel Duchamp. L’artiste a en effet donné un coup de marteau à l’objet.
Posons la question suivante : l’artiste a-t-il porté atteinte à l’œuvre d’art ? Notre réponse est sans appel : non. Bien plus, il l’a préservée.
En effet : Où se trouve l’art dans la fontaine de Mutt ? Sans doute pas dans l’objet, celui-ci est un urinoir quelconque, un objet fabriqué en série, en tout point identique à ceux que nous pourrions trouver dans des toilettes publiques. C’est un ready-made. L’art bien sûr réside dans le geste de Duchamp qui détourne l’objet de sa destination pour l’exposer dans un musée.
En touchant à l’objet, on n’enlève rien au geste. L’art se tient dans le concept.
Mais il faut bien sûr aller plus loin : quelle est la signification du geste de Marcel Duchamp ? En exposant un urinoir dans un musée, Duchamp nous provoque, suscite notre indignation, notre interrogation, c’est à dire nous éveille à nous même et à notre respect quasi religieux pour tout ce qui se trouve exposé, institué, fasciné que nous sommes par l’objet plutôt que par le geste, ordre industrieux, finalité de la fabrication, tout à son résultat, conception utile certes, sauf à la création.
Or qu’avons-nous fait ? Comme le montre dans sa cruelle évidence la réaction du tribunal ainsi que la côte de la Fontaine estimée à 2,8 millions d’euros, nous sommes retourné à l’objet, oublieux de l’idée.
C’est donc nous, société, représentés par l’institution juridique et culturelle (le centre G. Pompidou c’est porté partie civile dans cette affaire, niant par la même sa vocation à soutenir la création et l’art vivant, sa raison d’être) qui avons, bien avant le salutaire coup de marteau, détruit l’oeuvre de Marcel Duchamp.
Salutaire, au regard de ce qui vient d’être dit, c’est ainsi que nous qualifions le geste de Pinoncelli : en s’attaquant à l’objet, l’artiste nous renvoie au geste, au sien bien sûr mais avant tout à celui de Duchamp. Tel un restaurateur, il redonne vie à l’œuvre dans sa prime ferveur. Loin de « déprécier » l’œuvre, il l’apprécie à sa juste valeur, comme nous ne pouvions le faire, amnésique d’une évolution de l’art d’après guerre, tout à notre conformisme.
Car enfin, c’est de ce conformisme dont il faut parler. Voici les mots de la présidente de la chambre : «Avec orgueil, vous croyez pouvoir vous affranchir des règles de la société. Cet aspect de votre personnalité pose problème.» Ce véritable rappelle à l’ordre signe la mort de l’art et au-delà, nous le craignons, de toute politique vivante. Car à faire taire le bouffon, ce personnage qui dans la cour du roi est seul à pouvoir se moquer, c’est notre propre orgueil que nous célébrons : toute critique sera hérétique, toute mise en évidence de ce qui est de l’ordre du comportement, c’est-à-dire de l’automatisme préconscient et acritique, sera insupportable et passible du tribunal.
Disons le fortement : l’artiste n’est pas un délinquant, il est notre vigilance. L’incapacité dans laquelle nous sommes de distinguer un geste authentiquement artistique, héritier d’une histoire que nous nous devons de connaître et un pur et simple vandalisme, le peu d’intérêt que cette affaire suscite, montre si besoin est, le malaise dans lequel nous nous enfonçons et notre refus d’être dérangé dans ce naufrage.
J’en appelle donc à un sursaut de tous ceux encore capable d’apprécier la franchise de l’ami pour ce qu’elle est, à savoir une chance. »
Greg.

Je spécule, mais il me plait de penser que Duchamp lui-même aurait apprécié le geste de Pinoncelli. N’oublions pas que Marcel a collaboré à dada, en inventant le ready-made. Il a poussé l’idée de façon poétique en créant le ready-made malheureux : il demanda à sa soeur d’accrocher un manuel de géographie sur son balcon « de sorte que le vent en tourne les pages et choisisse les problèmes que le temps se chargerait de détruire ». Il n’intervient pas dans le processus créatif. Sa soeur et le vent créent l’oeuvre, le temps le détruit. Ceci nous montre bien que Duchamps se désintéresse de l’objet et du geste. Il est dans le concept pur. L’oeuvre ne lui appartient pas. Il n’a gardé aucune trace de ce ready-made qui n’a de fait, jamais été exposé.

Son détachement de l’oeuvre et du geste, son rapport au temps, à la déterioration par le temps (voir « le grand verre ») m’incite à penser que Duchamp aurait apprécier de reconsiderer « sa » fontaine comme un ready-made malheureux.

Marcel avait beaucoup d’humour et dada n’était qu’une vaste blague. Prenons son L.H.O.O.Q. (la joconde à moustache), Duchamp a « vandalisé » une carte postale de serie représentant une grande oeuvre d’Art. Et qu’a fait Pinoncelli ? Si ce n’est « vandaliser » un urinoir de serie représentant une grande oeuvre d’Art. Bien sur, son geste va plus loin que cette « mise en echos dadaïste » car comme l’écrit greg : « Tel un restaurateur, il redonne vie à l’œuvre dans sa prime ferveur. Loin de « déprécier » l’œuvre, il l’apprécie à sa juste valeur, comme nous ne pouvions le faire, amnésique d’une évolution de l’art d’après guerre, tout à notre conformisme ».

La Fontaine d’R Mutt a été jugée à l’époque comme un acte de vandalisme et de provocation par rapports aux « règles de l’Art ». Elle est maintenant considérée comme une oeuvre majeure du XXème siecle. Peut-être faudra-t-il plus de temps pour reconnaître la Fontaine de Pinoncelli ?

Mitchul

Dada et les temps modernes dans Matière à réfléchir dada 

5 janvier 2013

Bla bla bla…

Publié par mitchul dans Sens of humeur

Se revendiquer journaliste d’opinion est très tendance (voire les Polony, Pulvar, Naulleau, Zemmour and co). Qu’un journaliste assume la subjectivité de son point de vue, c’est une chose. L’objectivité en tant que tel n’existe pas. C’est une balise, ce vers quoi on doit tendre.

Ce que ne font pas les journalistes d’opinions, qui y vont sans complexes dans l’expression de leur raisonnement immédiat sur tel phénomène, donnant leur avis sur tout et surtout n’importe quoi, sans s’accorder le recul nécessaire (temporel, analytique…) pour dresser un diagnostic pertinent de la situation. Ce recul permet de dégager les affects, de dépassionner la reflexion. Tout l’inverse de ce que fait le journaliste d’opinion.

Un journaliste est-il là pour donner son avis, ou doit-il apporter à ses lecteurs tous les éléments leur permettant de se faire le leur ? Si les journalistes se revendiquent « d’opinions », je peux alors me revendiquer journaliste !

Ceux qui sont légitimes pour exprimer leurs opinions, c’est nous autres, bloggueurs et adeptent des reseaux sociaux. Car nous sommes désintéressés, non form(at)és et surtout, non rémunérés ! Mais les rôles s’inversent : les journalistes donnent leurs opinions personnelles et les internautes commentent l’actualité. Trop de journalistes puisent sans vergogne leurs infos sur internet, plutôt que de faire un vrai travail d’investigation.

Cette (im)posture journalistique est significative de notre époque d’immédiateté, où la télé-réalité prend le pas sur le reportage, où le banal devient grandiloquent, ou les petites préoccupations de l’intime se transforment en spectacle…

Mitchul

Bla bla bla... dans Sens of humeur opinion2

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