Le sens de l'humeur

27 mars 2013

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? – Pierre Bayard

Publié par mitchul dans Matière à réfléchir

Par cet essai au titre provocateur, Pierre Bayard s’attaque à un énorme tabou culturel. Les tenants de la bonne conduite culturelle considèrent que l’on DOIT avoir lu un livre pour en parler et ne pas le faire, est une trahison impardonnable faite à l’Œuvre et à l’Auteur. Oser affirmer alors que l’on peut parler d’un livre que l’on n’a pas lu est comparable à un blasphème ou pire encore, un aveu d’incompétence…

C’est surtout un acte salutaire de désacralisation de l’œuvre écrite, une preuve courageuse d’honnêteté intellectuelle.

Nous connaissons tous des journalistes qui n’ont pas lu le livre de l’auteur qu’ils interviewent. C’est une pratique courante (mais inavouable) qui remonte à l’origine même du métier de critique littéraire. Oscar Wilde lui-même disait : « Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique ; on se laisse tellement influencer ».

Bayard nous dit qu’il n’est pas impératif d’avoir lu un livre en entier pour bien en parler. Car tout lire ne garantit pas de tout comprendre. A l’inverse, certaine lecture partielle permettent de mieux cerner l’ouvrage dans son ensemble. Il prend l’exemple du bibliothécaire (ou du libraire) qui ne peut avoir lu tous les ouvrages dont il dispose, mais peut tout de même les présenter à ses clients.

L’auteur évoque également sa propre expérience de professeur de littérature à l’université, quand il lui arrivait de commenter un livre qu’il n’avait jamais ouvert à des étudiant qui, heureusement pour lui, ne l’avaient pas lu non plus. Là aussi il fait preuve d’une grande honnêteté en avouant une pratique pourtant répandue dans le monde de l’enseignement. Etait-il pour autant un mauvais professeur, rien n’est moins sur…

Il n’y a pas de limite claire et nette entre avoir lu un livre et ne pas l’avoir lu. La non-lecture est un état d’entre-deux, dans lequel on distingue plusieurs niveaux. Bayard dresse ainsi la liste de ces différents états, entre les livres que l’on ne connaît pas, les livres que l’on a parcourus, les livres dont on a entendu parler et les livres que l’on a oublié. Ne pas avoir lu un livre n’interdit pas d’en parler, de pouvoir décrire son genre (roman, essai, recueil de nouvelles…) ou de le situer dans son époque, son courant littéraire. De parler de l’auteur, si l’on connait son œuvre…

Pour illustrer ses propos, Bayard s’appuie sur un certains nombres d’ouvrages, (auxquels il précise son niveau de lecture entre inconnu, parcouru, évoqué et oublié) et convoque Paul Valery, Umberto Eco ou Montaigne… Cet essai se divise en trois parties. La première nous présente des manières de ne pas lire, soit les quatre citées plus haut. Dans la deuxième partie, Bayard nous propose des situations de discours : dans la vie mondaine, face à un professeur, devant l’écrivain ou avec l’être aimé. Dans la troisième, il nous donne des conseils à propos des conduites à tenir, soit : ne pas avoir honte, imposer ses idées, inventer les livres et parler de soi…

Au-delà de la provocation, Bayard nous explique que lire, c’est surtout se confronter à l’oubli. C’est accepter l’idée que l’on ne se rappellera pas de tout et donc, par conséquence, que l’on ne pourra jamais décrire de manière juste et précise le livre que l’on vient de lire. On ne comprendra jamais le vrai sens de l’ouvrage ou les réelles intentions de l’auteur, mais seulement l’idée que l’on s’en fait.

Mitchul

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? – Pierre Bayard  dans Matière à réfléchir livrepaslu-188x300

Les Editions de minuit, 2007

13 mars 2013

Glace sans tain – Soluto

Publié par mitchul dans Matière à réfléchir

Homme d’images, Soluto vient de sortir (après ses superbes Vies à la ligne) un deuxième livre, Glaces sans tain, pour lequel il a abandonné ses crayons pour n’utiliser que des mots. Mais rassurez vous, on y perd pas au change, tant la prose de Soluto possède des qualités indéniables. Sensible et d’une incroyable précision, son écriture nous emmène sans retenue dans les méandres de la folie ordinaire.

Les trois premières nouvelles nous racontent des tranches de vie de personnes plutôt perturbées. Soluto dissèque la part obscure de ses personnages, sans pour autant tomber dans l’étude de cas clinique. Trois destinées qui ne répondent à aucune logique – si ce n’est la leur – et corroborent cette idée que rien n’est joué à l’avance, que les événements antérieurs n’influent pas automatiquement sur les actes à venir. La prédestiné n’existe pas. Chacun peut encore agir en fonction de son libre arbitre, mais plus sûrement en fonction de ses pulsions.

Dans L’île aux bœufs, le narrateur est une personne lambda au parcours de vie tout à fait ordinaire, qui dans sa jeunesse commettra un crime. Qui ne l’empêchera pas d’avoir une vie normale, sans jamais reproduire son acte ignoble. Il ne justifie rien et ne semble avoir aucun remords : « J’étais bien là, en pleine conscience, et je ne l’ai pas tué malgré moi. J’étais au contraire en parfait accord avec l’instant et l’univers tout entier. Un sentiment d’inébranlable puissance me portait. »

Dans Fausses reconnaissances, le personnage principal est un schizophrène, paranoïaque et violent, persuadé d’avoir reconnu Elvis Presley dans un bar parisien. Et que ce dernier fomente un complot avec l’aide du gouvernement.

Quelques couvercles soulevés, titre magnifique pour une nouvelle que j’ai particulièrement apprécié, tout autant que la première. Je les considère comme des contraires, se faisant face de chaque coté d’une glace sans tain. L’un passe à l’acte alors qu’il n’a a priori aucune raison de le faire. Quand le deuxième a toutes les raisons, mais ne le fait pas. Le plus troublant est que le moins perturbé des deux est celui qui a franchi le pas.

La quatrième nouvelle se distingue des autres pour plusieurs raisons. D’abord, Soluto se met directement en scène. L’emploi de la première personne est pour le coup on ne peut plus justifiée. A la différence des trois premières, cette nouvelle est placée sous le signe d’Eros. Cependant, nous savons depuis Freud qu’Eros et Thanatos sont intiment liés. En effet, si Soluto fait du bien à l’autre, il la détruit par son indifférence.

Soluto a décidé de nous mettre littéralement dans la peau des personnages. Une immersion complète dans la personnalité complexe de ces individus. Ecrire à la première personne est un choix audacieux et risqué, dans la mesure où il est plus difficile d’installer une distance avec ces personnages peu recommandables, ce qui peut rebuter bon nombre de lecteurs. Cependant, à aucun moment Soluto ne juge, ni ne justifie les actes de ses protagonistes, ni même les siens. Il reste sur un mode descriptif, nous permettant de capter ce qui se joue chez ces personnages

La virtuosité de Soluto nous emporte, impossible d’abandonner le fil du récit. Certains évoquent Flaubert. Pour ma part, Soluto s’inscrit plutôt dans une filiation avec Maupassant. Outre le format nouvelle, par cette faculté à inscrire ses histoires dans une localité géographique précise (Oissel, le Havre, Rouen…) tout en leur apportant une teneur universelle. Par cette impression très diffuse qu’un événement incongru (voire fantastique) n’apparaisse à chaque nouvelle page.

Au croisement entre biographie, fiction, autobiographie et autofiction, ce Glaces sans tain est un exercice littéraire original et réussi. Cette manière de faire corrobore cette idée que l’écriture puise dans de nombreux champs (de la réalité, de l’imaginaire, du fantasme) et que la véracité des tenants et aboutissants n’est qu’anecdotique. On se moque de savoir si ces histoires sont vraies ou pas. Ce qui est sure, c’est qu’elles nous parlent, nous provoquent, nous bousculent, nous questionnent sur la nature humaine… Rassurant, ça veut dire qu’on est encore vivant !

Mitchul

Glace sans tain - Soluto dans Matière à réfléchir glaces-tain-197x300

 Le Dilettante, 2013

20 janvier 2013

Plates-bandes – Jean-Christophe Menu

Publié par mitchul dans Matière à réfléchir

Bon, Plates-bandes est sorti il y a 8 ans maintenant et qu’en reste-t-il ? Le pamphlet d’un auteur-éditeur de bandes dessinées (que l’on classera comme « indépendant ») qui exprime clairement son raz le bol contre une certaine (mauvaise) manière (dominante) de faire de la Bande Dessiné ? [Rectification faite : Menu précise dans L’Eprouvette n°1 que ce Plates-bandes n’est ni un pamphlet, ni un essai, mais un texte d’opinion « assurément « juge et partie », dont l’enjeu était de contribuer à définir les vieux tenants et les nouveaux aboutissants d’un contexte précis : le champ éditorial de la Bande Dessinée en France en janvier 2005″.]

Les illustrations qui jalonnent ce livre (toutes droit-tirées d’un cabinet de dentiste) donnent le ton : ça va faire mal ! Menu est un gars qui vient du fanzine et de l’auto-production. Un dessinateur qui a toujours été attiré par la conception de l’objet BD. Branché dans le milieu de la musique « rock alternatif », en particulier au sein des Satellites, il s’est inspiré des maisons d’éditions « alternatives » qui se sont créées dans les années 80 (Bondage, Boucherie productions…). Une manière de créer et produire des oeuvres comme ils l’entendent, sans aucunes concessions envers le milieu commercial de la musique. Diffuser une oeuvre et non un produit. Voilà leur philosophie.

Menu et ses amis ont donc crée L’Association dans cette optique. Dans la mesure aussi où à l’époque (fin des années 80 où la presse BD disparaissait), toutes les maisons d’éditions refusaient leurs projets. Cette nécessité de créer un label devient indissociable d’une certaine revendication. Produire « contre » peut être un bon leitmotiv, il ne faudrait pas que cela devienne le seul moteur de création. C’est ce que certains reprochent à Menu (ceux qui se font allumer dans ce Plates-bandes). C’est un piège dans lequel il a failli tomber (source de désaccord avec ses anciens camarades ?). Cet ouvrage en est peut-être la profession de foi, il en est également une forme de testament. Depuis 2006, à partir de la création de la revue L’Eprouvette – qui dans cet optique ne pouvait que se saborder au bout de trois numéro (et quels numéros !) – il me semble que Menu à retrouvé un nouveau souffle, une dynamique nouvelle. Il a craché son venin à la face de la profession et à su passer à autre chose (tout en restant révolté). Il s’est par exemple remis à dessiner (les Lock-groove ou les Mont-vérité Chrono-poche). Le retour de Lapin nous le confirme également. Outre le fait d’être toujours un terrain privilégié d’expérimentations et de revendications, Menu croit encore à l’utilité de L’Association comme tremplin pour de nouveaux auteurs, et non plus seulement comme un acte de résistance contre le microcosme de la bd (qui deviendrait rapidement stérile). Relire Plates-bandes maintenant nous permet de constater que JC Menu avance et croit toujours en ce qu’il fait. Toujours très bien d’ailleurs…

Je suis un lecteur-amateur de bande dessinée depuis le milieu des années 80. Si j’ai connu les magazines Spirou, Tintin et surtout Pif, la BD a toujours été pour moi l’Album, le fameux 48 pages couverture cartonnée (voir le 62 CC pour les Tintin). Je ne partage donc pas cette aversion envers ce format. Je comprend cependant (et remercie) Menu qui prône la diversité et le non formatage des albums de Bande Dessinée. Considérer et confectionner cet objet comme un bel ouvrage, plus proche des beaux livres d’Art ou de Littérature illustrée, me fait fortement apprécier les productions de L’Association (le fait de s’inscrire dans la filiation des avant-gardes littéraires et artistiques peut paraitre prétentieux, je trouve cependant cette approche pertinente et justifiée).

Menu aura tout de même sorti un album 48CC, dans la série des Donjons. Cette participation nous démontre qu’il n’est pas bêtement bloqué contre ce format et ce genre de série (il n’a d’ailleurs jamais critiqué les lecteurs de ce type d’ouvrage). Il s’exprime très clairement à ce sujet : « Comme pour Donjon chez Delcourt, il y a une complémentarité qui est probablement la meilleure façon de voir coexister un espace d’innovation comme L’Association, avec un relais standard dans la grande distribution pour ceux que ça interresse. [...] L’intérêt de Donjon, par exemple, est d’exister dans la grande distribution, puisque Donjon joue aussi à pervertir sa propre forme. Son ambiguïté par rapport à l’heroïc-fantasy et au standard n’ont de sens que sur ce terrain là. Donjon n’aurait eu aucune incidence publié à L’Association, et n’aurait même pas pu être imaginé pour L’Association ».

J’adhère pleinement à son analyse du milieu éditorial : s’il est des maisons d’éditions qui ont toujours assumer de faire du commercial (Dargaud, Dupuis…), il est plutôt agaçant de voir bons nombres d’entre elles éditer des oeuvres « à la manière de » ce que nous propose l’Asso (format livre, genre autobiographique, noir et blanc…). Ces mêmes maisons qui avaient refusés leurs projets à la fin des années 80. Il est bien dommage pour la diversité de la Bande Dessinée que ceux qui ont les moyens de prendre des risques en éditant des ouvrages « autres », des auteurs exigeants, attendent que des petits labels ouvrent des niches pour s’y engouffrer.

Mais ne faisons pas de bête manichéisme, il n’est pas question de critiquer les qualités intrinsèques d’un album « indé » par rapport à un « commercial » (bon ou mauvais, chacun est juge), mais bien de dénoncer les méthodes de production et de récupération de certaines maisons d’éditions. Menu n’hésite pas à donner des noms. Les Casterman (avec sa collection Ecritures), Delcourt (avec Encrages ou Outsider), Les Humanoïdes Associés (avec Tohu Bohu) et autre Glénat qui, s’ils ont fortement contribuer à la diversité et l’originalité de la production BD, se sont rapidement engouffrés dans le créneau du roman graphique et de la bande dessinée d’auteur. Sans parler de Soleil qui rachète le nom et le catalogue Futuropolis, voulant s’inscrire dans une filiation contre-nature (Mourad Boudjellal n’est pas Etienne Robial). « Quand un « gros » éditeur fait son métier de « gros », en outrepassant pas son territoire de « gros » ,je n’y vois pas de problème majeur » (JC Menu). Ce n’est pas plus compliqué que cela. Que chacun fasse ce qu’il sait faire, sans venir marcher sur les plates-bandes du voisin. Mais la réalité est tout autre…

Menu est totalement légitime pour critiquer le milieu de l’édition BD. Sa manière n’est peut-être pas très orthodoxe (il ose dénoncer !). Je ne vais pas lui reprocher de ne pas utiliser la langue de bois. Au contraire ! Face à la production actuelle, monstrueuse, j’ai quand même l’impression qu’il y a beaucoup de tacherons, de dessinateur de secondes zones (il faut le dire, sous leurs airs « indé », la plupart sont édités par ces gros labels), qui font ce qu’une poignée d’auteurs faisaient déjà il y a une quinzaine d’année. Combien trouvent-on de sous-Blain, sous-Sfar, sous-Trondheim, sous-Blutch, sous-De Crecy, sous-Rabaté..?  J’estime la proportion à un auteur pour dix copieurs, au moins. Je préfère des dessinateurs qui ont moins de technique, mais plus de personnalité, d’originalité (comme on en trouve beaucoup dans le Psikopat ou Lapin !).

Mitchul

 

Plates-bandes - Jean-Christophe Menu dans Matière à réfléchir platesbandes030320061-213x300

 L’Association, 2005

20 janvier 2013

Dada et les temps modernes

Publié par mitchul dans Matière à réfléchir

Je vous incite à lire ce superbe texte écrit par Greg, à propos de l’affaire Pinoncelli contre la fontaîne de M. Duchamps.

Je suis entièrement d’accord avec ses commentaires, j’y rajoute mes impressions…

« Le mercredi 25 janvier de cette année [2005], nous apprenons par voie de presse que Pinoncelli, artiste dadaïste à la longue carrière, a été condamné par la 28ème chambre du tribunal de grande instance de Paris à trois mois de prison avec sursis et 200 000 euros d’amende pour la «dépréciation » de l’urinoir de Marcel Duchamp. L’artiste a en effet donné un coup de marteau à l’objet.
Posons la question suivante : l’artiste a-t-il porté atteinte à l’œuvre d’art ? Notre réponse est sans appel : non. Bien plus, il l’a préservée.
En effet : Où se trouve l’art dans la fontaine de Mutt ? Sans doute pas dans l’objet, celui-ci est un urinoir quelconque, un objet fabriqué en série, en tout point identique à ceux que nous pourrions trouver dans des toilettes publiques. C’est un ready-made. L’art bien sûr réside dans le geste de Duchamp qui détourne l’objet de sa destination pour l’exposer dans un musée.
En touchant à l’objet, on n’enlève rien au geste. L’art se tient dans le concept.
Mais il faut bien sûr aller plus loin : quelle est la signification du geste de Marcel Duchamp ? En exposant un urinoir dans un musée, Duchamp nous provoque, suscite notre indignation, notre interrogation, c’est à dire nous éveille à nous même et à notre respect quasi religieux pour tout ce qui se trouve exposé, institué, fasciné que nous sommes par l’objet plutôt que par le geste, ordre industrieux, finalité de la fabrication, tout à son résultat, conception utile certes, sauf à la création.
Or qu’avons-nous fait ? Comme le montre dans sa cruelle évidence la réaction du tribunal ainsi que la côte de la Fontaine estimée à 2,8 millions d’euros, nous sommes retourné à l’objet, oublieux de l’idée.
C’est donc nous, société, représentés par l’institution juridique et culturelle (le centre G. Pompidou c’est porté partie civile dans cette affaire, niant par la même sa vocation à soutenir la création et l’art vivant, sa raison d’être) qui avons, bien avant le salutaire coup de marteau, détruit l’oeuvre de Marcel Duchamp.
Salutaire, au regard de ce qui vient d’être dit, c’est ainsi que nous qualifions le geste de Pinoncelli : en s’attaquant à l’objet, l’artiste nous renvoie au geste, au sien bien sûr mais avant tout à celui de Duchamp. Tel un restaurateur, il redonne vie à l’œuvre dans sa prime ferveur. Loin de « déprécier » l’œuvre, il l’apprécie à sa juste valeur, comme nous ne pouvions le faire, amnésique d’une évolution de l’art d’après guerre, tout à notre conformisme.
Car enfin, c’est de ce conformisme dont il faut parler. Voici les mots de la présidente de la chambre : «Avec orgueil, vous croyez pouvoir vous affranchir des règles de la société. Cet aspect de votre personnalité pose problème.» Ce véritable rappelle à l’ordre signe la mort de l’art et au-delà, nous le craignons, de toute politique vivante. Car à faire taire le bouffon, ce personnage qui dans la cour du roi est seul à pouvoir se moquer, c’est notre propre orgueil que nous célébrons : toute critique sera hérétique, toute mise en évidence de ce qui est de l’ordre du comportement, c’est-à-dire de l’automatisme préconscient et acritique, sera insupportable et passible du tribunal.
Disons le fortement : l’artiste n’est pas un délinquant, il est notre vigilance. L’incapacité dans laquelle nous sommes de distinguer un geste authentiquement artistique, héritier d’une histoire que nous nous devons de connaître et un pur et simple vandalisme, le peu d’intérêt que cette affaire suscite, montre si besoin est, le malaise dans lequel nous nous enfonçons et notre refus d’être dérangé dans ce naufrage.
J’en appelle donc à un sursaut de tous ceux encore capable d’apprécier la franchise de l’ami pour ce qu’elle est, à savoir une chance. »
Greg.

Je spécule, mais il me plait de penser que Duchamp lui-même aurait apprécié le geste de Pinoncelli. N’oublions pas que Marcel a collaboré à dada, en inventant le ready-made. Il a poussé l’idée de façon poétique en créant le ready-made malheureux : il demanda à sa soeur d’accrocher un manuel de géographie sur son balcon « de sorte que le vent en tourne les pages et choisisse les problèmes que le temps se chargerait de détruire ». Il n’intervient pas dans le processus créatif. Sa soeur et le vent créent l’oeuvre, le temps le détruit. Ceci nous montre bien que Duchamps se désintéresse de l’objet et du geste. Il est dans le concept pur. L’oeuvre ne lui appartient pas. Il n’a gardé aucune trace de ce ready-made qui n’a de fait, jamais été exposé.

Son détachement de l’oeuvre et du geste, son rapport au temps, à la déterioration par le temps (voir « le grand verre ») m’incite à penser que Duchamp aurait apprécier de reconsiderer « sa » fontaine comme un ready-made malheureux.

Marcel avait beaucoup d’humour et dada n’était qu’une vaste blague. Prenons son L.H.O.O.Q. (la joconde à moustache), Duchamp a « vandalisé » une carte postale de serie représentant une grande oeuvre d’Art. Et qu’a fait Pinoncelli ? Si ce n’est « vandaliser » un urinoir de serie représentant une grande oeuvre d’Art. Bien sur, son geste va plus loin que cette « mise en echos dadaïste » car comme l’écrit greg : « Tel un restaurateur, il redonne vie à l’œuvre dans sa prime ferveur. Loin de « déprécier » l’œuvre, il l’apprécie à sa juste valeur, comme nous ne pouvions le faire, amnésique d’une évolution de l’art d’après guerre, tout à notre conformisme ».

La Fontaine d’R Mutt a été jugée à l’époque comme un acte de vandalisme et de provocation par rapports aux « règles de l’Art ». Elle est maintenant considérée comme une oeuvre majeure du XXème siecle. Peut-être faudra-t-il plus de temps pour reconnaître la Fontaine de Pinoncelli ?

Mitchul

Dada et les temps modernes dans Matière à réfléchir dada 

Achats Ralph Lauren Pas Cher |
Les Causettes de Nenette |
Solidariteburkina |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Lesbonsproduits
| Le blog de Jean Emile Caugnac
| Clocie